Page 114 - Une lumière sur mon chemin - Louis Even
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112    17. Le mythe de l’Or
        dame, un peu amusée par ces palpitantes nouvelles cueillies à Ra-
        dio-Canada, s’exclamait devant nous avec une pointe de moquerie:
        «Hé! L’or en arrache de ce temps-ci!» L’or en arrache? Il s’agit plutôt
        de toqués qui s’arrachent l’or. Car l’or a encore ses toqués. Et pour-
        quoi donc ces toqués changent-ils les valeurs de leurs portefeuilles
        ou leurs épargnes en banque contre de l’or, en payant un prix plus
        élevé que celui des valeurs monétaires dont ils se départissent?
        Alors que, comme moyen de paiement, l’or n’a pas plus de pouvoir
        d’achat que l’argent d’autre métal ou de papier.

           L’or est un métal. Métal précieux, si l’on veut, à cause de son
        brillant  et  de son incorruptibilité,  quoique  beaucoup  moins utile
        que le fer, que l’acier. Sa valeur réelle est celle du métal qu’il est.
        Elle dépend de la valeur qu’on attribue aux articles fabriqués en or:
        bagues, chaînettes, bijoux, ponts dentaires, décorations en feuilles
        d’or, etc. Tout comme la valeur propre de tout autre métal dépend
        de la valeur attachée aux usages qui en sont faits.
           Supposez la terre couverte de monceaux d’or mais complète-
        ment stérile en produits nécessaires à la vie. Que vaudrait tout cet
        or pour un homme affamé? Une simple miche de pain ou une meu-
        le de fromage serait immensément plus appréciée.

           — Mais, est-ce que l’or n’a pas une valeur monétaire spéciale?
        N’est-ce pas lui qui donne de la valeur aux autres espèces d’argent?
           — Allons donc! La valeur de l’argent, quelle que soit sa nature
        ou sa forme: rondelles de métal en aluminium, en nickel ou en ar-
        gent blanc; rectangles de papier reconnus comme monnaie légale;
        ou  simples chiffres inscrits au  crédit  d’épargnants  ou  d’emprun-
        teurs dans un livre de banque; tout argent a la valeur de ce qu’on
        peut obtenir de produits ou de services en le présentant comme
        moyen de paiement.
           — Mais la base de l’argent étant de 25 pour cent d’or, cela veut
        dire qu’une once d’or de $35 permet d’émettre de l’argent de pa-
        pier pour quatre fois $35, donc pour $140. Alors, est-ce que l’argent
        en or ne vaut pas quatre fois l’argent de papier?
           — Raisonnement fallacieux. Faites donc l’expérience vous-mê-
        mes. Allez au magasin avec $140 en papier-monnaie, vous obtien-
        drez des produits pour la valeur de $140. Et allez au magasin avec
        $35 en or, vous obtiendrez seulement $35 de produits. Que pré-
        férez-vous pour faire vos achats: $35 en or ou $140 en argent de
        papier?
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