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u un siècle. Mais parce qu’un dividende n’est pas un re- que) totalement artificiels et préjudiciables à l’activité
venu fixé une fois pour toutes, national, il dépend des et à la société.
aléas économiques, de notre démographie, de notre Ce système accorde aux banques le droit de prê-
productivité, des emplois et du législateur. ter davantage qu’elles ne possèdent, et de se prêter
Le dividende national est le fruit d’un héritage les unes aux autres (sur les marchés) quand elles crai-
National, parce qu’il est le fruit de la terre, de la gnent de ne pouvoir pas être en mesure d’honorer les
créances de leurs clients. Il se crée ainsi un système
culture, des savoirs vivre et des savoirs faire, des in- complexe d’échanges de créances et de dettes qui
frastructures dont nous sommes les héritiers. C’est le disjoncte à l’occasion (ce sont les crises de confiance),
produit de notre patrimoine commun. s’emballe ou explose (ce sont les krachs de 1929, de
Il ne s’agit donc pas d’un revenu quelconque obte- 2008), et fait tomber les plus fragiles. C’est le risque
nu contre un temps de travail. Ce n’est pas une protec- systémique bancaire. Il se propage quand les banques
tion sociale tirée d’un salaire ou d’une contribution à s’observent, ne se prêtent plus, n’ont plus confiance
l’impôt. C’est le revenu d’un titre de propriété collecti- dans la qualité des engagements des unes et des
ve, d’un bien transmis par héritage et qu’il convient de autres. La chute d’une banque fait chuter une autre,
transmettre : la nation ou encore son capital national comme un jeu de dominos.
matériel et immatériel. Maurice Allais en a souligné le danger depuis
Sa distribution assure l’équilibre économique longtemps: «L’économie mondiale tout entière re-
Contrairement à de nombreuses autres proposi- pose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de
dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un
tions de revenus de base, le dividende national n’a équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille
donc pas pour seul objectif de combattre l’exclusion accumulation de promesses de payer ne s’était
sociale et de se substituer à certaines allocations constatée. Jamais sans doute il n’est devenu plus
sociales. Il a également une ambition économique, difficile d’y faire face.»
celle de drainer une large partie de la monnaie vers
la consommation de façon à écouler les biens et les La finance qui n’est plus au service de l’économie.
services produits et proposés à la population. Depuis la réforme des marchés financiers (années
A chaque production doit correspondre une émis- 1980), le produit net bancaire ne provient plus princi-
palement du financement de l’économie réelle, mais
sion de crédit pour autoriser son écoulement. Si ces de l’achat et de la revente de titres financiers. Voici
crédits n’atteignent pas le circuit économique, à niveau plus de trente ans qu’une sphère financière se déve-
d’épargne égal, la production ne s’écoule pas. Les plus loppe à côté de l’économie réelle. Comme un cancer,
fragiles tombent, quels qu’ils soient, hommes, entre- une ombre gigantesque que l’on appelle aujourd’hui
prises, Etats. La crise peut avoir ici plusieurs visages. shadow banking.
Pouvoir d’achat accru C’est donc avec sagesse et raison qu’Irving Fisher,
L’objectif des dividendes nationaux est de distri- Maurice Allais et bien d’autres économistes proposent
buer auprès de tous de nouveaux moyens de paiement que la distribution des prêts bancaires soit dissociée
(pouvoir d’achat accru) nécessaires à l’écoulement de l’émission monétaire. Distribuer des prêts bancai-
des biens et services produits, et d’en circonscrire le res est un acte commercial. Émettre de la monnaie est
volume dans le circuit de l’économie réelle. un acte souverain.
Ces dividendes sont financés par des émissions Un nouvel ordre social
monétaires au fur et à mesure de la croissance, et dis- La distribution de dividendes nationaux encou-
tribués à tous les citoyens. Ils sont alors dépensés ou rage la natalité, réduit le coût du travail, arbitre le par-
épargnés. Périodiquement, un même volume moné- tage de la valeur ajoutée, diminue voire supprime la
taire est annulé sur la consommation. Puis un nou- pauvreté monétaire, renforce l’homogénéité de la dis-
veau volume monétaire est émis, puis distribué dans persion des revenus, autorise le partage du travail et la
les mêmes conditions, augmenté si la croissance de la pleine activité de tous. Il assure un revenu permanent
production le demande. pour tous. Il fonde en définitive un nouvel ordre social.
Libérer l’émission de la monnaie Avançons vers la prospérité et la distribution. La
de la distribution des prêts bancaires prospérité, ce n’est pas la croissance économique.
C’est la préservation et le renouvellement du patrimoi-
Les banques n’ont pas de vision macroéconomi-
que de la régulation monétaire. Elles accordent beau- ne collectif, qu’il soit humain, naturel, social, culturel
coup de prêts quand elles ont suffisamment de réser- ou matériel. La distribution consiste à le répartir et à
en garantir à tous l’usage. v
ves, mais elles les raréfient quand celles-ci diminuent.
L’offre et le coût du prêt bancaire sont ainsi déconnec- Janpier Dutrieux
tés de la capacité d’épargne collective. Les banques
entretiennent alors des cycles d’expansion (boom Abonnez vos amis à Vers Demain
économique) et de dépression (récession économi-
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