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Aberhart n’était pas d’accord avec les Fermiers richesses naturelles, tous deux de juridiction provin-
Unis (qui disaient que les principes du Crédit Social ciale, selon la même constitution. Comme Douglas
ne pouvaient être appliqués au niveau provincial), et l’écrivit dans The Social Crediter du 11 septembre
décida de présenter des candidats du Crédit social aux 1948, «Lorsque M. Aberhart remporta sa première
élections provinciales de 1935, où il remporta 56 des victoire électorale (en 1935), il ne fit que recruter une
63 sièges de l’Assemblée législative provinciale. armée pour une guerre (contre le monopole du cré-
Lors de l’élection de 1935, Aberhart, ne s’était dit). Cette guerre n’a jamais eu lieu.»
même pas présenté comme candidat. Les élus, récla- Aberhart avait appris de ses erreurs au cours de
mant leur professeur, l’un d’eux démissionna pour lui ses premières années de mandat et était prêt, après
faire place, et Aberhart dut prendre le la Deuxième Guerre mondiale, à re-
poste de premier ministre, avec une prendre le combat, mais il décéda mal-
caisse vide et des fonctionnaires qui heureusement en mai 1943 (dans des
attendaient leur paye. Sans parler des circonstances suspectes, plusieurs ont
créanciers de la dette publique. Tous parlé d’un empoisonnement suite à un
ces 56 députés «créditistes» étaient des repas officiel).
novices en politique, et formaient, selon Son successeur comme premier
l’expression de Douglas, un «groupe ministre de l’Alberta, Ernest Manning,
d’amateurs» qui ne firent pas le poids fit rapidement comprendre qu’il n’était
face aux Financiers, tombant dans leur pas prêt à reprendre ce combat, et dé-
piège et commettant plusieurs erreurs clara finalement, en 1947, que son gou-
qui auraient pu être évitées, s’ils avaient vernement ne ferait plus rien pour im-
suivi les conseils de Douglas. planter le Crédit social en Alberta. (Pour
Par exemple, lorsqu’Aberhart prit le la petite histoire, après s’être retiré de
pouvoir, au lieu d’écouter les conseils la politique, Ernest Manning est devenu
de Douglas, il se rendit à Ottawa cher- directeur d’une banque et nommé sé-
cher une aide financière, et un conseil- nateur par Pierre-Elliott Trudeau.)
ler économique, M. Robert Magor, lui William Aberhart Donc, ceux qui disent que «le crédit
fut confié. Ce M. Magor n’avait évidemment qu’un ob- social est ce système de funny money (monnaie de
jectif en tête, discréditer le Crédit Social. Des mesures singe) essayé en Alberta, où il a échoué», se trompent
furent adoptées par le gouvernement albertain qui complètement. Le Crédit Social n’a pas échoué en Al-
étaient tout le contraire du Crédit Social, ce que Dou- berta, pour la simple raison qu’il n’a jamais été tenté:
glas décrivit dans son livre de 1937 comme étant «une toutes les tentatives de mise en œuvre des politiques
politique de capitulation devant la finance orthodoxe», du Crédit Social ont été combattues et défaites par un
ajoutant que «presque toutes les erreurs de straté- pouvoir centralisé. Comme Douglas l’a dit, si le Crédit
gie qui pouvaient être commises en Alberta furent en Social était absurde et sans valeur comme réponse
effet commises.» efficace à la grande crise économique de l’époque,
Il faut aussi mentionner qu’Aberhart, bien qu’assez la meilleure façon de le démontrer aurait été de per-
sincère, avait en réalité peu de connaissance du Crédit mettre au gouvernement de l’Alberta d’aller de l’avant
Social, et n’en comprenait pas les bases techniques, avec une politique de Crédit Social. Les détenteurs
ce qui le conduisit, dans un effort pour simplifier les du monopole du crédit craignaient qu’une application
idées de Douglas, à souvent les déformer. Au cours même partielle du Crédit Social ne se révèle si fruc-
des années suivantes, quinze projets de loi sur le cré- tueuse qu’il fallait tout mettre en œuvre pour empê-
dit social furent votés par le gouvernement de l’Alber- cher que cela se produise.
ta, mais les autorités supérieures opposèrent leur veto Nous limitant dans cet article à l’expérience de l’Al-
(soit rejetés par le gouvernement fédéral, soit déclarés berta en 1935, nous ne parlerons pas du cas de Réal
inconstitutionnels par la Cour suprême). Caouette et de son «parti du Crédit Social» au Québec,
Un des arguments du gouvernement canadien et mais la conclusion est la même, c’est un cul-de-sac.
de la Cour suprême était évidemment que l’argent et Le seul moyen efficace de faire appliquer les propo-
les opérations bancaires étaient de compétence fédé- sitions du Crédit Social par les gouvernements n’est
rale, selon la Constitution canadienne, et que l’Alberta donc pas de promouvoir de nouveaux partis, surtout
ne pouvait donc pas agir ainsi. Douglas expliqua à ceux appelés «crédit social», mais de faire connaître
Aberhart que l’Alberta pouvait contourner cette diffi- les principes du Crédit Social à la population, afin de
culté en utilisant son propre crédit en établissant un créer une pression publique qui sera suffisamment
système de crédit provincial, puisque la constitution forte pour amener le gouvernement – de n’importe
canadienne de 1867 accorde aux provinces le droit de quel parti – de notre pays à émettre sa propre mon-
«faire des emprunts sur le seul crédit de la province», naie, sans dette, et à mettre en œuvre les principes du
et comme l’explique Louis Even, l’argent est basé sur vrai crédit social de Douglas… et ainsi combattre le
la production du pays, faite par la main-d’œuvre et les faux «crédit social» de la Chine communiste. v
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