Page 28 - Vers Demain Aout 2021
P. 28
u conque sait, d’une part, ce qu’est vraiment le Crédit supposer que du même arbre on puisse cueillir un
Social, et, d’autre part, ce qu’est un programme de fruit complètement différent. Mais admettons votre
parti politique. hypothèse. Voici un gouvernement parfait. Va-t-il pou-
Demanderait-on: «La table de multiplication peut- voir adopter et établir un organisme économique de
elle servir de programme à un parti politique?» ou: Crédit Social?
«L'existence du fleuve St-Laurent au Canada, du Mis- La réponse est NON. Référendum ou pas de réfé-
sissippi aux Etats-Unis, des Alpes en Europe, peut-elle rendum: NON. C'est humainement impossible en face
servir de programme à un parti politique?» de la puissance actuelle du monstre financier (Notez le
Le Crédit Social, tel que l'a présenté Douglas, tel mot «humainement»).
que Vers Demain s'efforce de le présenter de mieux Le monstre financier, le superpouvoir des contrô-
en mieux à ses lecteurs, ne peut pas être lié à un parti leurs mondiaux de l'argent et du crédit, est plus fort
politique. Encore moins servir d'étiquette à un parti que tous les gouvernements du monde. Il les domine
politique, sans une prostitution du sens des mots. tous.
Crédit Social et parti sont deux termes contradic- Cette subordination des gouvernements aux sei-
toires. Le premier implique une association compre- gneurs de la finance n'est pas un secret. Il y a plus
nant tous les membres de la société; le second im- d'un siècle, Disraéli, qui fut plusieurs fois ministre des
plique une division, un groupe entrant en lutte contre finances et même premier ministre de la puissante An-
un autre ou plusieurs autres groupes se disputant le gleterre d'alors, s'en est plaint publiquement, sans pour
pouvoir. Le parti veut être en possession du pouvoir cela pouvoir s'en défaire. D'autres chefs d'État aussi. Il
pour gouverner le pays; le Crédit Social veut distri- suffit d'ailleurs de constater les situations qui se suc-
buer à chaque individu un pouvoir qui le libérera de cèdent de notre temps; crise d'argent de dix années; fi-
plus en plus des interventions du gouvernement. nance à déborder de six années de guerre; restrictions
Quant aux programmes de partis politiques, après cycliques de crédit; dettes publiques perpétuelles et
tout ce qu'on a vu en moins d'une génération, il faut croissantes; décrets concertés de mesures d'austérité,
plus qu'une foi de charbonnier pour y attacher la alors que rien n'a diminué dans la capacité de produc-
moindre importance. Un seul point de leur programme tion des pays concernés. Ces faits qui crèvent les yeux
est sincère: Essayer de gagner l'élection pour prendre démontrent à l'évidence que les contrôleurs de l'argent
ou garder le pouvoir. et du crédit «tiennent nos vies entre leurs mains» (Pie
Une vérité comme le Crédit Social ne peut pas être XI); que par les banques à leur service, ils «dirigent les
soumise au critère d'une majorité de votes. décisions des gouvernements et tiennent dans le creux
de leurs mains les destinées des peuples» (McKenna,
Rien, évidemment, n'empêche des hommes poli- ministre anglais des finances, puis président de la plus
tiques, au gouvernement ou hors du gouvernement, grosse banque commerciale d'Angleterre).
quelle que puisse être leur allégeance politique, d'être
personnellement convaincus de l'excellence du Cré- Les gouvernements, réduits à l'état de valets de
dit Social, de le proclamer objectivement et non pas cette superpuissance, sont incapables de se défaire de
dans un but électoral intéressé. Mais en faire une ce vasselage — même s'ils en avaient le désir...
plate-forme de parti, et promouvoir l'idée qu'il suffirait Est-ce à dire que tout espoir soit vain, et inutile
de porter ce parti au pouvoir pour la réalisation d'une tout effort apporté à promouvoir la cause créditiste?
économie créditiste, c'est mentir et entraver le progrès Oh! non, pas du tout. Mais cela veut dire qu'il ne faut
de la cause. pas compter sur des gouvernements, sur des chan-
Le Crédit Social est une idée vivante; elle vit dans gements de partis au pouvoir, pour venir à bout d'une
l'esprit qui l'accueille, qui s'en fait l'apôtre. En faire une puissance supérieure à tous les gouvernements du
simple question de vote en faveur d'un homme ou monde. C'est gaspiller ses énergies en pure perte;
d'un parti, c'est réduire les mots «Crédit Social» à ne c'est vouloir abattre une forteresse avec des boules
signifier qu'une chose sans lumière et sans flamme, de coton.
n'entraînant aucune responsabilité individuelle. L'oint du Seigneur
Impuissance humaine Oh! Il advint bien un jour qu'un jeune homme,
simple berger, sans entraînement militaire, sans autre
Question — Dans l'hypothèse où un gouverne- armure qu'un bâton, une fronde et cinq pierres dans sa
ment en place voudrait le bien du peuple, pourrait-il gibecière, affronta et abattit d'une seule pierre un co-
adopter et appliquer le Crédit Social, ou faudrait-il un losse mesurant 9 pieds (3 mètres), homme de guerre
référendum? depuis sa jeunesse, bardé d'airain de la tête aux pieds,
Cette question suppose que jusqu'ici aucun gou- sa tunique d'airain atteignant aux chevilles et pesant
vernement n'a voulu ou ne veut le bien du peuple, 150 livres (75 Kilos), armé d'un javelot et d'une lance
mais qu'il pourrait en surgir un d'une prochaine urne terminée par une pointe de fer pesant 18 livres (9 kilos).
électorale. C'est bien sévère pour les gouvernements Mais c'est une toute autre force que celle de sa fronde
actuels et passés; et il faut être bien optimiste pour qui donna à David la victoire contre le géant Goliath.
28 VERS DEMAIN août-septembre 2021 www.versdemain.org