Le fait suivant est raconté par William Aberhart, premier-ministre d'Alberta, dans une de ses récentes causeries hebdomadaires à la radio :
"Il y a une vingtaine d'années, la femme d'un cultivateur, qui possédait quelques économies, décida d'acheter un lot de terre contigu à la ferme de son mari. Il lui manquait environ $500 pour en payer tout le prix. Une compagnie de prêts hypothécaires consentit à lui avancer cette somme, moyennant un intérêt de 9 pour cent. Oui, 9 pour cent !
"Pendant ces vingt dernières années, la femme et son mari ont remboursé en tout plus que l'emprunt original. Mais avec un taux usuraire de 9 pour cent, impossible à satisfaire dans des années de rareté d'argent créées justement par les contrôleurs du crédit, tout en ayant rapporté à la compagnie plus que les $500 reçus d'elle, nos deux braves se trouvent à lui devoir aujourd'hui près de $1,600.
"Tracassée par ce fardeau sans cesse croissant et harassée par la crainte constante de confiscation, la femme, aujourd'hui âgée, demandait dernièrement une revision de sa dette, en vertu de la loi d'ajustement des dettes entre fermiers et créanciers.
"La compagnie de prêts hypothécaires s'opposa à la demande de la femme, prétextant qu'il ne s'agissait pas d'une fermière, mais d'une femme de fermier.
"Cette chicane de mots fut portée en cour, et le tribunal donna raison à la compagnie contre la femme. Elle n'était qu'une femme de fermier, elle n'avait pas droit aux avantages de la loi en faveur des fermiers. Et cette brave femme, qui avait peiné toute une vie, qui avait cultivé sa terre pendant vingt années de difficultés, vit saisir tout le fruit de ses sueurs et de ses privations."
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Le premier-ministre d'Alberta ajoute les commentaires suivants :
"Peut-on imaginer rien de plus inhumain ? Cette personne âgée se voit refuser même la maigre assistance accordée aux autres — tout cela pour un jeu de mots. Une femme de fermier n'est pas une fermière ! Vous imaginiez-vous cela ? Elle peut aider aux champs, traire les vaches, nourrir les animaux et accomplir toutes sortes d'autres travaux de la ferme. Mais ce ne sont pas des travaux de ferme pour une femme mariée, à moins que son mari ait daigné mourir. Je pensais que les femmes mariées avaient quelques droits dans notre soi-disant démocratie'
"On appelle criminel et on condamne à de longs termes de prison un homme qui vole à une banque quelques morceaux de papier. Mais on n'a que des louanges et des honneurs pour l'homme qui peut inventer quelques manières tortueuses et nouvelles de dépouiller de leurs biens des femmes et des hommes honnêtes et laborieux, au moyen d'un système d'extorsions usuraires qui feraient le démon lui-même rougir de honte !
"Voilà le système que des institutions chrétiennes supportent et que défendent nombre de personnes bien intentionnées mais mal informées. Notre peuple va-t-il jamais revenir à ses sens et chasser du pays des pratiques aussi impies et aussi immorales ?
"Cela me rappelle qu'avant même d'avoir reçu le jugement sur l'appel de l'Alberta au Conseil Privé contre la décision défavorable des tribunaux canadiens touchant notre loi de rajustement des dettes, les compagnies de prêts précipitaient des procédures pour saisir plus de milles maisons et fermes ici, en Alberta. Elles étaient bien déterminées à jeter plus de mille familles dans le chemin, sans aucun refuge, sans aucun secours. Qu'est-ce que les souffrances de nos hommes et de nos femmes peuvent faire à ces compagnies, pourvu qu'elles s'emparent des propriétés ?
"Et pendant que se passent ces choses, des braves combattent et meurent pour défendre les droits démocratiques que nous chérissons ; et partout on exhorte les fermiers à faire plus de sacrifices et à augmenter la production des vivres si essentielles à la victoire. Quel travestissement !"
C'est ainsi que parle M. Aberhart — pas M. Godbout, allez !