L'État vendeur

le dimanche, 15 novembre 1942. Dans La politique

Les partisans de l'étatisation d'industries ou de commerces en auront sans doute à leur cœur content avant longtemps.

L'État fait déjà le commerce des liqueurs. D'aucuns désirent lui voir entreprendre le commerce de l'électricité. D'autres disent les mines.

Un de ces quatre matins, sans l'avoir sollicité, ils verront l'État entrer dans le commerce du sucre, du thé, du café. Par des commissions bien entendues : cela pose des contremaîtres d'esclaves pour défendre le régime.

Régie des liqueurs, régie de l'électricité, régie des mines, régie du sucre, régie du café, régie du thé. Pourquoi pas aussi régie du pain, régie du beurre, régie de la viande ? Et, pour couronner, régie du papier-toilette !

On ne manquera pas d'invoquer des motifs vertueux pour remplacer l'entreprise privée paf l'entreprise d'État. On ne manquera pas non plus de dire que c'est une mesure de guerre et que le citoyen n'a qu'à s'incliner et fermer sa boîte — comme en Russie, comme en Allemagne.

Ce qu'on ne dit pas, en effet, c'est qu'à la faveur de la guerre, on nous mène à grands pas vers la chose contre laquelle on prétend faire la guerre : l'État partout, le totalitarisme. Il y a un mot plus doux, mais encore trop mal reçu pour être monté en épinglette : Socialisme d'État. C'est pourtant en plein cela qu'on fait de plus en plus.

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