Le vent du large

le lundi, 15 mars 1943. Dans La vie créditiste

C'est le vent du large. Les voiles gonflées du Crédit Social voguent lestement vers le port du sa­lut.

"Aux âmes plus magnanimes Dieu a mesuré plus de maux." De même, aux heures plus périlleuses et plus tourmentées  —  comme il en pourra être après la guerre surtout  —  Dieu a-t-il mesuré plus d'in­domptables énergies, plus d'héroïques courages.

Trop peu osent se pénétrer de la gravité de la situation, des événements qui s'annoncent : pa­resse d'esprit, jalousie, égoïsme, orgueil, insuffisan­ce de compréhension, légèreté de caractère, fasci­nation de l'or, frénésie des jouissances qui obscur­cissent l'entendement.

Faisons pourtant exception des phalanges crédi­tistes déjà à l'œuvre, à l'assaut des puissances d'ar­gent maçonniques ; phalanges qui bûchent, qui peinent, qui éclairent, qui sentent que la géné­ration présente est à vivre l'une des heures les plus graves de l'histoire du monde ; qui auscultent les événements, qui sonnent le rappel, qui claironnent l'approche du danger.

Ces créditistes, héroïquement engagés à l'œuvre de libération de la province, du pays, et, par voie de conséquence, de l'humanité entière, qui n'enten­dent jamais demander quartier  —  il faut voir jus­qu'à quel point ils illuminent les consciences, haus­sent les âmes, agrandissent les cœurs et attisent les énergies ; il faut voir ce qu'ils sèment d'amour, de charité, de confiance, d'espérance, dans un monde qu'ils veulent, pour leur part, et à tout prix, tirer de la fange et de l'abîme de misère où l'a précipité la dictature économique avec la soi-disant élite qui en vit.

Faut-il encore proclamer ce qu'ont fait ces cré­ditistes pour élargir l'horizon de l'économique, ou plutôt pour rappeler la fonction qui incombe à l'é­conomique, la dégager du camouflage qui en a fait une monstruosité, dissiper les nuages opaques ac­cumulés et entretenus par les puissances d'argent ? Ce qui, hier encore, n'était qu'une chambre étan­che, interdite aux humbles, aux chercheurs de vé­rité, a vite été transformé en cénacle où chacun, pauvre comme riche, peut à loisir puiser des con­naissances fécondes.

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Honneur au génie créateur d'un Douglas, à son sens aigu de la justice sociale, qui, sans pourtant être de notre religion, répond le premier à l'appel des encycliques, non seulement en projetant la lu­mière sur l'exploitation des maîtres de l'argent et du crédit, mais en fournissant au monde le moyen de dispenser abondamment et salutairement à tou­tes les couches de la société le sang de la vie éco­nomique !

Honneur aux créditistes de chez nous, qui se dé­pensent sans compter pour faire connaître et tri­ompher la grande charte libératrice du Crédit So­cial !

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Pauvres, ces créditistes. Oui, pauvres, et pour cela même, méprisés, ignorés. Pauvres d'argent, mais riches de courage, de dévouement, d'honneur et d'intelligence.

Au reste, attention : "Le Christ n'a jamais été plus fort que sur la Croix." Puis, cette parole sortie des lèvres d'un Montalembert "Il n'y a pas dans l'histoire du monde un plus grand spectacle, et un plus consolant, que les embarras de la force aux prises avec la faiblesse."

De quoi centupler les courages et les énergies, surélever les patriotismes. De quoi surtout faire réfléchir les superbes, combien de parcheminés, les formalistes qui n'ont de cœur et d'entrailles que pour leur orgueil de caste  —  et quelle caste ! Hom­mes qui se croient grands, et qui sont tristement emprisonnés dans leur moi.

Ici encore, attention ! Le Crédit Social marche à l'allure vertigineuse, et l'histoire s'écrira qui dira les noms de nos ennemis, nos calomniateurs, voire même nos persécuteurs d'hier ; qui consacrera la honte de ceux qu'on appelle aujourd'hui nos grands hommes, mais qui restent inaccessibles à la grande voix des pauvres, intouchés par la misère des mas­ses.

Et la Providence, et la Reine de l'Ordre univer­sel en laquelle se confient les créditistes, continue­ront de souffler le vent du large.

E.-P. A.

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